Mercredi 10 septembre 2008
Depuis quelques mois maintenant, nous attendons, ... enfin, ils attendent, interminablement, calmement, presque "tranquillement"...
on croit rêver, mais c'est vrai, ils sont toujours là, alors que tourne la Terre, tourne le Gordel, tourne les gouvernements, tourne le tour de France. Oui, on croit rêver, parce que nous, on ne supporterait pas un centième de ce qu'ils affrontent au quotidien ... enfin, je dis "on", mais c'est juste une figure de style, ayant appris à mes dépends ces derniers temps que, parler au nom de ceux qu'on croit représenter, peut parfois prêter à confusion.
La peur s'installe chez nos compatriotes, on a peur de trop parler, de trop s'afficher, d'être exposé au regard des autres, alors on préfère garder le silence, marcher sans faire de bruit et laisser couler le temps, même sous la pluie, sans mauvais jeu de mots, c'est préférable.
Et eux, ils sont là, ils attendent aussi, que quelqu'un, là haut, accepte d'envisager une seconde, la réalité de leur quotidien et de leur force de vivre. 
Mais je m'emballe, je le sens, au ton de ces mots que je viens d'écrire. La réalité est plus crue encore, plus cruelle, plus terrienne, plus "frottante" (comme quand on se frotte légèrement un petit bout de peau du doigt). Et c'est comme ça, que voulez-vous ? Alors ils sont toujours là, à attendre, et ils ne sortent pas. Ils grattent, comme ils le peuvent, de quoi continuer à tenir le coup. Ils grattent parce qu'ils n'ont pas le choix, parce qu'ils n'ont pas les droits qu'on a tous, le droit à la dignité par exemple, ... oui, par exemple ... ou encore le droit à l'auto-détermination, encore un exemple. Mais je pourrais aussi dire, le droit de bouffer, le droit de taffer, le droit de s'instruire. Ah, non ! tout ça ils doivent le mériter et le payer à la sueur de leur amour-propre. Tout ça parce que les autres, là haut, n'arrive pas à se décider. J'imagine bien (avec dégoût) le sentiment de puissance que ça peut procurer de prendre la place de Dieu.  
Les nouvelles sont donc inexistantes, j'aurais aimé vous en dire plus, pouvoir vous dire que les petits sont allés en colonie de vacances en Italie (mais ils ne peuvent pas sortir du territoire), que le Papa a reçu une promotion (mais il ne peut pas travailler), que la maman suit des cours (mais elle ne peut pas s'inscrire), bref, j'aurais aimé vous raconter la banalité du quotidien d'une famille comme les autres, mais malheureusement, c'est impossible.
Tout ce que je peux vous dire c'est qu'ils attendent et que moi, à force de les voir attendre, la nausée me monte par tous les pores. Mais, ouf!, leur moral n'a pas de frontières et ils le partagent... ah ! enfin, un espace sans frontière dans cette chronique.
 
que vive la démocratie ! 
Par Hugues Pierrard
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Mardi 18 mars 2008
On nous demande souvent quelles sont nos nouvelles après les émissions télé et plusieurs articles dans la presse, si on a déjà eu les échos ou des résultats... Donc, pour répondre à cette question: jusqu'au aujourd'hui, il n'y a aucun résultat ni réaction.
Mais l'Office des Étrangers continue son travail sans repos; et aujourd'hui on a reçu un courrier invitant toute la famille Kravetz à l'Office des Étrangers le 20 mars. Voici un extrait de ce courrier:

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La seule chose qu'ils ont oublié de mentionner - le nombre des valises autorisées par personne...

Et si la famille décide d'ignorer cette invitation, on peut déjà commencer à se préparer à une expulsion forcée.

Comme on dit - "on garde toujours l'espoir", mais il en reste vraiment pas beaucoup...
fck
Par Comité de soutien à la famille Kravetz
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Jeudi 31 janvier 2008

   A toutes et tous, un grand merci pour les soutiens que vous nous avez apportés tout au long de ces derniers jours.
 
   Qui que vous soyez et quoi que vous fassiez, sachez que vos gestes donnent à chaque fois, un peu plus de réconfort à la famille Kravetz.
 
   Bien sûr, nous savons que nos actions ne font que commencer, car même si les choses bougent, rien de concret n'est arrivé en faveur de la famille.
 
   Monsieur le Député-Bourgmestre Collard a réaffirmé publiquement par voie de presse et à nous-même combien il désire que la famille Kravetz puisse vivre en toute dignité dans notre pays.
   Nous lui en sommes reconnaissant car nous avons besoin du soutien des décideurs politiques pour mener à bien nos objectifs.
 
   Nous allons donc poursuivre ce travail d'information afin que plus jamais, la solitude et l'isolement ne viennent miner les efforts de cette famille biélorusse en sursis.
   Nous allons poursuivre également nos actions de sensibilisation et ce, afin d'être visible, ponctuellement, auprès du grand public.
 
   Enfin, tant que la famille Kravetz n'aura pas reçu de permis de travail ni de permis de séjour, nous continuerons nos actions.
 
   Au plaisir de vous rencontrer tout prochainement,
Le Collectif de soutien à la famille Kravetz
Par Comité de soutien à la famille Kravetz
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Mercredi 30 janvier 2008

J'ai rencontré Eugène, il y a maintenant 7 ans. Il suivait assidûment les ateliers d'alphabétisation à Lire et Écrire – Luxembourg et les ateliers de Français-Ordinateur que j'animais personnellement à La Trêve, centre de formation socio-professionnelle à Bastogne. Essayant de répondre à un afflux de demandeurs d'asile particulièrement important à ce moment-là, La Trêve ouvre les portes de ses ateliers à de nombreuses nationalités.

En plus d'être formateur, je deviens aussi peu à peu traducteur-interprète. J'essaye de leur simplifier le jargon français administratif. Quand il n'est pas en néerlandais, juste parce que la procédure -et leur parcours de combattant- a débuté en posant le pied à Zaventem, en débarquant de l'avion..

Les semaines passent. Le niveau de français s'améliore. Des liens se tissent. La confiance s'installe. Je deviens ensuite en quelque sorte le confident.

 

Et là, je découvre avec des sentiments fort partagés, atterré, impuissant, outré, la réalité des réfugiés politiques, des demandeurs d'asile. Ces familles qui ont décidé de se déraciner pour des raisons de survie, de convictions philosophiques. Militer pour la démocratie, le respect des Droits de l'Homme est-il un plus, un mieux pour leur Pays, pour la Société, pour l'Humanité ? Comment se fait-il que l'on doive encore risquer sa peau au XXIème Siècle pour ça, comme ce le fut il y a quelques siècles dans nos contrées? Mais au fait, nos démocraties sont-elles en aussi bonne santé qu'elles le paraissent ?

Des réflexions folles et incontrôlables m'envahissent.. Nos démocraties se posent en modèle, s'exportent, donnent lieu à des accords diplomatiques, puis commerciaux. Irak. Turquie. La Birmanie, on verra plus tard. Là-bas, un élan humaniste se dessine et est immédiatement tué dans l'oeuf. Au grand dam de nos Démocraties ? Ou avec sa complicité ? Se pourrait-il que, pour des questions de 'concurrence', il ne puisse exister trop de Démocraties sur Terre...? Histoire d'en garder le monopole, comme pour le Paradis ? Pardi ! Mais alors, pourquoi tant de monde au portillon ?

Effroi du haut du beffroi : et si les démocraties ne faisaient que l'apologie déguisée des cartes de crédit ? MasterCard contre Green Card..? Sous couvert de pacification des peuples, les Compagnies peuvent se faire la guerre. Notre pouvoir d'achat, leur nouveau champs de bataille. La Démocratie? Une stratégie marketing comme une autre, une façon de formater le Marché ? La liberté du consommateur avant la liberté du citoyen ? Fort probablement..

Mais que dire à quelqu'un qui s'est battu là-bas pour une démocratie comme ici, au risque de sa vie et de ses proches, quand il vient frapper à notre porte, « J'ai essayé de parler comme vous de la Charte de Droits de l'Homme, là-bas. Je n'y ai pas réussi, le président et ses polices n'aiment pas ce genre de liberté pour tous. Alors je viens ici, chez vous, c'est vraiment comme ça que je conçois la Vie et que j'ai envie de la proposer à mes chers, à ma famille. J'estime, en tant qu'individu, avoir droit aussi à ces Droits. Vous avez fait du beau boulot, ici. Bravo ! Et merci de nous accueillir.. Enfin un petit bout de bonheur et de bon air sur ce petit bout de Terre..! »

Que dire à ces kamikazes des Droits de l'Homme? Tout sauf une fin de non-recevoir. Que le bonheur, ça se mérite uniquement avec le formulaire C4534-BKJ932 en trois exemplaires. Non ! Il nous faut les féliciter, les rassurer, les intégrer.

 

Et Eugène Kravetz dans tout ça...? Avec Nathalia, son épouse, et Nikki, David, Max, Leonid, leurs enfants? Et bien, il est rapidement devenu en quelque sorte mon assistant. Persévérance, motivation, intégration, il est curieux de tout. Il me seconde. On se voit en dehors des cours. Je deviens un ami de la maison. De temps à autre, un mot discret sur l'avancement de la procédure. Et puis, la valse des avis négatifs commence. L'angoisse s'installe. L'espoir se relance à coup de recours, d'appel, de Conseil d'État. Puis rechute. Puis remonte. Il serait grand temps que leur situation se stabilise.. Ils finiraient par perdre espoir à tout jamais. Et, à force, nous aussi. Enfin, moi, en tout cas...

Par Frédéric Colignon
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Jeudi 24 janvier 2008



Hugues Pierrard :  Eugène, toi et ta famille, qu'est-ce que vous désirez le plus en restant ici, à Bastogne ?

Eugène Kravetz : "   ...On veut tout simplement pouvoir travailler, nourrir et éduquer nos enfants, enfin - mener une vie normale...
Pourquoi on en aurait pas le droit?... Ou bien, la Déclaration universelle des droits de l'homme n'est plus valable?

Je me permets de citer quelques paragraphes de cette Déclaration...

Article 1: Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

Article 15, §2: Nul ne peut être arbitrairement privé de sa nationalité, ni du droit de changer de nationalité.

Article 16, §3: La famille est l'élément naturel et fondamental de la société et a droit à la protection de la société et de l'État.

Article 23, §1: Toute personne a droit au travail, au libre choix de son travail, à des conditions équitables et satisfaisantes de travail et à la protection contre le chômage.

Article 25, §1: Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l'alimentation, l'habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires ; elle a droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie, d'invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté.

Article 25, §2: La maternité et l'enfance ont droit à une aide et à une assistance spéciales.

Article 29, §2: Dans l'exercice de ses droits et dans la jouissance de ses libertés, chacun n'est soumis qu'aux limitations établies par la loi exclusivement en vue d'assurer la reconnaissance et le respect des droits et libertés d'autrui et afin de satisfaire aux justes exigences de la morale, de l'ordre public et du bien-être général dans une société démocratique.


Hugues Pierrard : oui, effectivement, on doit bien avouer qu'ici, on est loin de cette déclaration ... et c'est dommage... 

Eugène Kravetz :  ...Voyez-vous, avant d'arriver en Belgique, j'ai cru que c'était seulement en ex-URSS que cette Déclaration ne valait rien, mais en Europe de l'ouest, par contre, elle était respectée plus que tout. Et ça me rend vraiment triste de constater, que ce n'est pas toujours le cas...


Propos recueillis par Hugues Pierrard du Collectif de soutien à la famille Kravetzie normalei_bug_fck
Par Comité de soutien à la famille Kravetz
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Mercredi 23 janvier 2008
(Extrait de l'article de Grégoire Comhaire dans LaLibre.be, publié le 17/01/2008)

...Mardi soir, Ecolo annonçait que l'ensemble de ses conseillers communaux allaient prochainement interpeller leurs bourgmestres respectifs pour leur demander de ne plus signer, pendant les six mois à venir, d'ordre de quitter le territoire. Cette consigne, le bourgmestre d'Amay Jean-Michel Javaux l'applique d'ailleurs lui-même depuis déjà un an. "J'estime que le gouvernement doit prendre ses responsabilités et introduire enfin des critères clairs dans la loi, explique-t-il. Une forme de désobéissance civique qu'on n'approuve pas forcément dans d'autres communes bien plus concernées par le phénomène...

(Lire l'article entier)
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Mercredi 23 janvier 2008

Ce 18 janvier, la famille Kravetz a reçu une notification d'ordre de quitter le territoire pour le 1er février. Léonid, David, Maxim, Nika et leurs parents Nathalie (Natalia) et Eugène (Evgeny) sont depuis dans l’inquiétude de la menace d’une exécution de cette notification d'ordre de quitter le territoire. Installés à Bastogne depuis 2000, la famille est bien intégrée, leurs enfants sont scolarisés, les parents maîtrisent parfaitement le français et sont à même de travailler comme n’importe quel autre citoyen.


Vous avez d’ailleurs, sans doute, à cette époque, signé la pétition lorsque la procédure de demande d’asile qu’ils avaient entamée s’est clôturée par une réponse négative. Les différents médias de la province avaient relayé cette situation fin mars 2004, le bourgmestre leur avait dit à cette époque que personne ne serait expulsé. Aujourd’hui, ce même bourgmestre signe une notification d'ordre de quitter le territoire.


Cette situation inhumaine et injuste nous interpelle, nous citoyen-nes, c’est pourquoi, nous avons créé ce blog pour vous informer et pour fédérer ceux et celles qui pensent encore que la démocratie n’est pas qu’un mot qu’on lance en l’air.


N’oubliez pas de vous rendre sur le blog, d’y marquer votre soutien et de diffuser l’information autour de vous. Nous aimerions avoir le plus grand nombre de soutiens d’ici le mardi 29 janvier, jour de la conférence de presse. Par ailleurs si vous êtes libre à cette date, nous vous convions à nous rejoindre à 14h30 à l’académie de musique (salle Divertimento), rue des Remparts, 47 à Bastogne.

Cette rencontre sera l’occasion de se rendre compte de la vie familiale depuis 2004 (débrouillardise pour vivre, scolarité,…), « être sans papiers, c’est comme être un fugitif », dit Eugène, le papa. Ce nouvel épisode dans l’actualité sans papiers nous rappelle que dans nos « vertes » campagnes et petites villes vivent trop de personnes qui sont dans l’attente d’une régularisation ou d’un statut de demandeur d’asile. Nous en profiterons également pour faire le point sur l’évolution de ce dossier et rappeler aux différents partis qu’ils s’étaient engagés à trouver une solution à cette détresse humaine.



Pour le comité de soutien : Annick Burnotte et Hugues Pierrard

 

 


Par Comité de soutien à la famille Kravetz
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Mardi 22 janvier 2008
Une conférence de presse est prévue mardi, le 29 janvier, à 14:30, dans l'Académie de musique de Bastogne, salle "Divertimento".
Par Comité de soutien à la famille Kravetz
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